André Villas-Boas sur les traces de Marcelo Bielsa ?

 André Villas-Boas sur les traces de Marcelo Bielsa ?
Le technicien portugais, nommé en mai dernier, a réveillé l’Olympique de Marseille cette saison. Nombreux sont ceux qui trouvent des ressemblances avec “San Marcelo”, qui a entrainé l’OM lors de la saison 2014-2015.

Le parallèle existe depuis plusieurs semaines maintenant. Il revient de plus en plus souvent chez les observateurs. Il faut dire que les parcours du talentueux portugais et de la légende argentine présentent quelques similitudes. Afin de comparer les deux entraîneurs, on peut se baser sur plusieurs facteurs ayant marqué le passage de Marcelo Bielsa à l’OM. Tout d’abord, les deux tacticiens présentent la particularité d’avoir réussi à réanimer un groupe totalement démotivé. Lorsqu’il s’était engagé à Marseille, l’entraineur originaire de Rosario arrivait à la tête d’une équipe qui venait de terminer à la 6ème place du championnat en 2014. Elie Baup avait été limogé six mois auparavant, José Anigo avait assuré un intérim douteux et n’allait pas tarder à disparaître totalement des radars du club phocéen.

Marcelo Bielsa n’avait eu le droit qu’à trois recrues lors du mercato estival (Alessandrini, Batshuayi, Barrada), quatre si l’on inclut également Matheus Doria, le défenseur brésilien acheté à Botafogo mais qui n’avait pas évolué une seule minute sous le maillot marseillais la première saison. Trois recrues, c’est également tout ce qu’a pu s’offrir l’OM cet été, le club phocéen devant rester dans les clous du Fair Play Financier. Les deux entraîneurs ont su faire abstraction du manque de moyens et ont tous les deux réussi à s’appuyer sur le groupe à leur disposition, tout en réussissant à relancer leurs “stars” (Mandanda, Payet notamment).

Source : fc-zenit.ru

Les deux entraîneurs ont également tous deux réussi à relancer des joueurs qu’on croyait définitivement finis pour l’OM. Jérémy Morel, Benjamin Mendy, Mario Lemina entre autres pour Marcelo Bielsa. Jordan Amavi, Kevin Strootman, Nemanja Radonjic pour André Villas-Boas. Les jeunes ont également leur place dans le projet du portugais. Marley Ake (18ans) a eu droit à cinq apparitions en Ligue 1, Lucas Perrin a connu trois titularisations en défense, Florian Chabrolle est également apparu à une reprise. Cela rappelle les cas de Baptiste Aloé, Gaël Andonian ou encore Bilal Boutobba, tous lancés dans le grand bain par Marcelo Bielsa. Cependant, si le fond est ressemblant, la comparaison ne va pas plus loin.

“Ils sont totalement différents”

propos de Steve Mandanda

Interrogé en conférence de presse sur le sujet, le capitaine olympien a rapidement balayé la question. “Chacun sa façon de faire, j’ai eu la chance de travailler avec les deux et j’ai pris du plaisir avec les deux, leurs méthodes différentes, mais elles fonctionnent”.

Les supporters marseillais n’oublieront sans doute jamais les méthodes de Marcelo Bielsa. Le tacticien argentin renvoyait l’image de quelqu’un de très franc, très strict, n’hésitant pas à manier le franc-parler avec ses joueurs. Il avait d’ailleurs dit à son défenseur gauche de l’époque, un certain Benjamin Mendy, qu’il deviendrait “l’un des plus grands défenseurs du monde s’il perdait 5 kilos”. Les séances de “San Marcelo” étaient également très physiques. Intransigeant, l’argentin n’hésitait pas à rallonger les séances et à insister avec les séances d’analyse vidéo. Beaucoup estiment d’ailleurs que l’écroulement de l’OM lors de la deuxième partie de saison 2014/2015 était dû aux méthodes trop poussées de Bielsa.

Villas-Boas est quant à lui plus souple, plus psychologue avec ses joueurs. Ses entraînements avec ballon sont appréciés par ses joueurs et la charge de travail ne semble pas anormalement lourde. Le moral des olympiens est au beau fixe: ils apprécient leur entraîneur, ont confiance en ses idées. Cela se ressent sur le terrain comme à Angers (victoire 0-2, le 3 décembre dernier) où les marseillais avaient volontairement laissé le ballon à leur adversaire comme le réclamait Villas-Boas. Le coach Stéphane Moulin n’avait d’ailleurs pas été avare en compliments envers son homologue olympien: “Ils m’ont surpris, car renoncer au jeu comme ça, avec la qualité qu’ils ont, c’est très fort. Ce n’est pas une critique, car c’est très fort de convaincre de tels joueurs de ne pas garder le ballon”

Le jeu : Avantage Bielsa, vraiment ?

Source : flickr.com – Marcelo Bielsa sur la “fameuse” glacière en 2015.

A première vue, l’OM de Bielsa était bien plus impressionnant et offensif que celui de Villas-Boas. Les supporters marseillais sont d’ailleurs les mieux placés pour se souvenir des nombreux “cartons” infligés aux adversaires lors de la saison 2014/2015. 4-0 face à Nice, 0-5 à Reims, 1-6 à Toulouse, 0-4 à Lille, etc. Les hommes de Marcelo Bielsa semblaient en revanche beaucoup plus friables que ceux d’André Villas-Boas (11 défaites en fin de saison contre 3 seulement cette saison à la trêve). Là où El Loco voulait imposer son système quelque soit l’adversaire au risque d’exploser en plein vol, “le Special Two” s’adapte selon les rencontres.

L’OM peut afficher un visage incroyablement offensif (34 tirs tentés lors de la victoire 2-1 contre Brest, le 29 novembre au Stade Vélodrome) mais sait aussi rester bien en place pour mieux exploser en contre comme à Angers. Dans les deux cas, cela semble fonctionner en Ligue 1. L’OM de Bielsa avait fini champion d’automne grâce notamment à une série de huit victoires consécutives entre août et octobre. L’OM d’AVB est deuxième cette année, derrière l’intouchable ogre parisien. Sa série de victoires s’est “seulement” arrêtée à la sixième, avec un nul à Metz (1-1, le 14 décembre). Qu’à cela ne tienne, les olympiens ont remis le bleu de chauffe en battant Nîmes 3-1 et ont sept points d’avance sur le 4ème.

Marcelo Bielsa faisait moins l’unanimité

L’entraineur argentin était adulé à Marseille. C’est peu de le dire. Véritable icône dans la cité phocéenne, le technicien phocéen avait plu de part son expérience du haut niveau, son goût du travail, son humilité et son grand respect pour le ballon rond. Si son départ fracassant le soir de la 1ère journée de la saison 2015-2016 a écorné son image, il reste un très bon souvenir pour les supporters olympiens. El Loco avait d’ailleurs marqué les esprits lors de la reprise de la deuxième saison. Après une séance d’entrainement, celui qui renvoie souvent l’image d’une personne froide n’avait pas hésité à multiplier les autographes avec les supporters olympiens.

Malheureusement, tout cela n’a pas suffi à convaincre la presse française. Beaucoup de journalistes, de personnalités du football français et même des entraîneurs de Ligue 1 ne cachaient pas leur désamour pour El Loco. On se souvient notamment des déclarations de Pascal Dupraz après une défaite de l’OM 3-5 contre Lorient: ” Le week-end avait mal débuté pour nous car vendredi soir, monsieur Bielsa avait décidé de se moquer du football et Lorient avait profité de ces largesses venues d’ailleurs.”

On peut également rappeler avec amertume le traitement médiatique qu’avait reçu Marcelo Bielsa deux ans plus tard, à Lille, après avoir raté la reprise de l’entrainement en raison du décès de sa mère. La presse française s’en était alors donnée à coeur joie pour descendre l’argentin, allant même jusqu’à titrer “ça commence bien !” en Une d’un quotidien sportif français.

André Villas-Boas fait quant à lui l’unanimité. Très apprécié à Marseille, il est également reconnu dans la presse pour son travail, sa disponibilité (il a notamment accordé un entretien d’une heure à RMC Sport en septembre dernier) et sa gentillesse. En outre, l’entraîneur portugais, comme Bielsa avant lui, ne connait pas la langue de bois. Il n’hésite pas à annoncer ses compositions en conférence de presse d’avant match et parle volontiers tactique après les rencontres. Son seul hic ? Sa communication un peu trop détachée avant le Classique à Paris. Villas-Boas avait donné l’impression de préparer ce match comme à l’ordinaire, et la fessée reçue (0-4, le 27 octobre) avait été mal vécue à Marseille.

A leur manière, Marcelo Bielsa et André Villas-Boas ont réussi à gagner une place dans le coeur des marseillais. Pour le portugais, personne ne sait si cette image positive restera gravée dans les mémoires du club phocéen. L’OM peut très bien s’écrouler en deuxième partie de saison et AVB peut également sortir par la petite porte. Toutefois, aucun entraîneur n’avait réussi à réveiller l’OM de cette façon depuis Marcelo Bielsa. Deux entraineurs étrangers, charismatiques, obsédés par le jeu. Ce genre de profil semble en effet réussir à Marseille. Eric Gerets, passé au club phocéen entre 2007 et 2009, avait lui aussi laissé un souvenir impérissable à Marseille.

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zaknoos

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