Vous vous souvenez du cliché selon lequel la Serie A est un championnat ennuyeux, car naïf et caractérisé par un rythme lent et des lignes défensives très basses ? Que diriez-vous de démystifier tout de suite ce mythe avec un fait concret ? Le voici : à ce jour, notre championnat est l’un de ceux dont le centre de gravité est le plus élevé d’Europe ! En réalité, indépendamment des résultats décevants obtenus par nos équipes lors de l’édition 2025/26 de la Ligue des champions, la saison en cours représente une formidable opportunité de s’imposer sur la scène internationale.
En effet, l’école tactique italienne peut puiser non seulement dans la modernité européenne, mais aussi dans ses racines alchimiques, caractérisées par une grande sagesse acquise au fil des décennies dans la préparation des stratégies de jeu, et pas seulement des schémas qui ne sont qu’une fin en soi. La tactique « made in Italy » conserve en elle-même à la fois les fondements du jeu de position fluide et ceux du marquage individuel moderne (tu penses à l’Atalanta et à la Roma ?). Cela permet aux clubs italiens de mieux préparer leurs équipes à gérer l’intensité des matchs européens avec une plus grande conscience et en fonction de leurs capacités athlétiques.
En réalité, il s’agit de solutions hybrides qui sont même imitées par des équipes étrangères. L’époque où le football italien était qualifié de défensif ou simplement de « catenaccio » semble donc révolue, comme en témoigne le fait que la Serie A a enregistré une hausse de son audience de +18 % en Italie et de +13 % à l’international par rapport à l’année dernière. De plus, le nombre de paris Serie A a également augmenté, avec de plus en plus d’opérateurs internationaux proposant cette option de jeu dans leur offre. Cela confirme que le championnat italien n’est certes pas le plus riche en termes financiers et de talents, mais qu’il reste, comme le veut la tradition, l’un des plus fascinants d’un point de vue tactique !
La nouvelle ère de la défense à trois !
Vous vous souvenez de cette déclaration historique de Mazzarri, lorsqu’à l’occasion de l’exploit des Pays-Bas de Louis van Gaal, il a déclaré aux micros italiens : « C’est moi qui ai inventé le 3-5-2 » ? Bon, au-delà du tollé et de l’ironie sur les réseaux sociaux générés à l’époque par cette phrase, penchons-nous plus attentivement sur l’évolution moderne de l’ancienne défense à trois à l’italienne. En effet, il y a un peu plus d’une décennie, chez nous, il s’agissait d’une solution tactique utilisée principalement dans les buts suivants.
Tout d’abord, l’objectif était de s’assurer un défenseur supplémentaire dans sa propre surface de réparation, le tout afin de mettre en place une approche tactique plus attentiste et centrée sur une ligne défensive basse. Cette solution de jeu permettait entre autres de créer les conditions pour que l’adversaire s’expose, en relevant son centre de gravité et en le rendant vulnérable aux contre-attaques. Vous vous souvenez des percées verticales de Lavezzi et Cavani à l’époque du Napoli de Mazzarri ?
Et si l’on considère que certains clubs n’utilisaient le 3-5-2 que dans de rares cas de crise psycho-tactique manifeste des équipes, afin de leur offrir davantage de protection et de sécurité, on se rend immédiatement compte qu’il s’agit là d’une véritable révolution dans l’utilisation de ce schéma. Il suffit de penser que la première fois qu’Allegri a aligné le Milan en 3-5-2 à l’époque de Berlusconi, les médias et les propriétaires semblaient pour le moins scandalisés.
Aujourd’hui, en revanche, nous parlons de latéraux qui deviennent des ailiers, nous parlons de défenseurs de troisième ligne appelés activement à participer à la construction du jeu depuis l’arrière, dans le but de consolider la circulation du ballon et de l’utiliser à la fois comme arme défensive et comme stratégie offensive. Savoir garder le ballon dans sa moitié de terrain – grâce à une nette supériorité numérique dans cette zone – offre en effet la possibilité de prendre son temps, le ballon au pied, sans trop de précipitation, en attendant que l’adversaire s’expose.
Ce n’est pas un hasard si deux des clubs européens les plus riches, les plus suivis et les plus en vue au monde, comme Manchester City et le Real Madrid, étudient cette solution pour déjouer les blocs défensifs bas des équipes adverses. Comme par hasard, ces dernières saisons, les Citizens et les Merengues ont été dirigés par deux entraîneurs ayant acquis une grande expérience en Italie : Guardiola (à Brescia avec Mazzone) et, bien sûr, Ancelotti et Zidane, son disciple.
Une formidable opportunité pour le football italien
La plus grande force de l’Italie réside précisément dans notre tradition tactique, ainsi que dans notre « cazzimma » culturelle. Ces deux éléments nous permettent d’interpréter les schémas à travers une lecture individuelle et stratégique, avant même qu’elle ne soit schématique. En effet, si en Allemagne on a tendance à être obsédé par le gegenpressing (obsessionnel et constant), qui met les joueurs sous pression et surtout les rend vulnérables aux montées en profondeur adverses, en Italie, nous sommes déjà en mesure d’offrir une alternative.
À l’heure actuelle, le pressing italien s’avère en effet plus réfléchi et repose sur ce qu’on appelle des « déclencheurs » (triggers). Cette économie d’énergie peut s’avérer non seulement mieux adaptée à l’endurance des joueurs de Serie A, mais aussi décisive lors des doubles confrontations européennes en Ligue des champions, en Ligue Europa et en Ligue Europa Conférence. Ce n’est pas un hasard si, malgré l’écart financier avec les autres grands championnats européens, la Serie A a atteint ces dernières années deux finales de Ligue des champions, deux finales d’Europa League (dont une remportée par l’Atalanta) et deux finales de Ligue Europa Conférence.
D’ailleurs, il faut du courage pour défendre ses idées, mais aussi pour les remettre en question afin d’éviter le risque de devenir dogmatique et de perdre nos capacités alchimiques. C’est peut-être pour cette raison que, lors du match à domicile contre le Bayern Munich, M. Palladino a bouleversé la composition probable de l’équipe, optant pour une défense à quatre inhabituelle. Dans ce cas, cette erreur ne doit pas être critiquée, car elle est le fruit d’une tentative ! Au contraire, Italiano (entraîneur plus intégriste et obsédé par la ligne défensive haute) a perdu une finale à la tête de la Fiorentina en encaissant un but sur une contre-attaque concédée en terrain ouvert. Oui, c’est précisément là qu’il y a matière à s’améliorer : dans l’alliance entre modernité et tradition, car l’art de se défendre est une ressource qu’il faut faire évoluer et préserver.
