Il était une fois : Ronaldinho, avec le sourire

 Il était une fois : Ronaldinho, avec le sourire

Entre admiration, déception et incompréhension… Revenons sur la carrière mouvementée de ce footballeur brésilien qui a bercé l’enfance, l’adolescence de nombreuses personnes : Ronaldinho.

Si tu continue comme ça, tu vas finir comme Ronaldinho.

Cette phrase attribuée à Juan Carlos Unzue, alors adjoint de Luis Enrique au FC Barcelone à l’endroit de Neymar lorsque celui-ci évoluait en Catalogne devrait raisonner comme un compliment.

Et pourtant il n’en est rien. Le Ballon d’Or 2005 est malheureusement plus érigé en mauvais exemple que comme un exemple à suivre pour les jeunes générations de footballeurs. Si son talent hors normes en a fait l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de son sport, son indiscipline et son hygiène de vie ont eu raison des dernières années de son immense carrière, et même de sa vie d’homme. Laquelle fut loin d’être un chemin tout tracé, comme pour tant de gamins de sa ville natale de Porto Alegre, où il a vu le jour le 21 mars 1980.

Ronaldinho (à gauche) et son père (à droite).

Le jeune Ronaldo de Assis Moreira vient au monde au sein d’une famille de footballeurs, de part son père d’abord, qu’il perd à l’âge de 8 ans, puis son grand frère, Roberto Assis, qui sera plus tard son agent. C’est d’ailleurs aux alentours de cet âge là qu’il façonne sa technique hors du commun, notamment au Futsal. D’où ses qualités d’explosivités, et sa capacité à faire autant de différences dans les petits espaces. Il se distingue d’ailleurs en finale d’un tournoi par un but à la suite de deux sombreros. Un exploit que son entraîneur de l’époque Cleon Espinoza n’est pas prêt d’oublier :

Faire ça en finale du championnat… Incroyable! Heureusement que quelqu’un a filmé pour que ça reste dans l’histoire.

Étonnement (ou pas si l’on est bien renseigné), le PSG ne fut pas la première étape Européenne du petit Ronaldo. C’est bien en Suisse, au FC Sion plus précisément, que le jeune Gaucho fait ses premiers pas sur le vieux Continent à l’âge de 13 ans, suivant ainsi son grand frère. Un an et demi et quelques matchs peu concluants plus tard, le voilà de retour à Porto Alegre, où il intègre les jeunes du Gremio, club pour lequel il fait ses débuts professionnels en 1998.

Ronaldinho sous les couleurs de Porto Alegre à la fin des années 90.

Meilleur buteur du championnat du Rio Grande do Sul en 1999, l’année de sa sélection pour la Copa America (15 buts en 14 matchs), et buteur en finale, les grosses écuries Européennes (Real, Barça, Inter) lui font déjà les yeux doux. Et l’année suivante, c’est 39 buts en 43 matchs.

Difficile de voir le prodige s’attarder plus longtemps au pays. Et malgré la concurrence des mastodontes Européennes, c’est bien le PSG qui arrache la signature d’un pré-contrat par le Brésilien, désireux de rejoindre un club tremplin lui permettant de s’adapter au football Européen. Il faut dire que le PSG, fort des exploits de Valdo, Ricardo, Rai ou encore Leonardo, jouit d’une côte de popularité indéniable au Brésil.

Le 17 janvier 2001, Ronaldinho s’engage en faveur du PSG.

Un choix cohérent pour le prodige, qui s’attire malgré tout les foudres de son club et de ses supporters. Au beau milieu d’un imbroglio juridique et financier, Ronnie passe plusieurs mois sans jouer avant de rejoindre la capitale Française. Et lors de ses débuts en Août 2001 sur la pelouse de l’Abbé-Deschamps, cela se voit quelque peu. Entreprenant mais brouillon et hors de forme, Ronnie rate quasiment tout ce qu’il entreprend. Mais personne ne s’y trompe : Le talent est là. Reste à savoir si et quand il s’adaptera pleinement à un football bien différent de ce qu’il a connu jusqu’alors.

Si le joueur finit par éblouir toute la France, les résultats ne suivent que très peu. Une 4ème place en 2002, puis une 11ème place l’année suivante, avec en point d’orgue des relations houleuses avec son entraîneur Luis Fernandez. Il faut dire que Ronnie a un goût prononcé pour les nuits parisiennes. Sorties nocturnes, filles dans les chambres, fausse blessures ou maladies… Tout y passe ou presque. L’entraîneur basque ne goûte que très peu l’attitude de son joueur, et le met régulièrement sur le banc, au grand damne de ses supporters.

En le voyant revenir, je m’attends à être champion, à tout gagner, à être au top avec lui. Il commence à se relâcher, il est dans une décompression. Dans ses 5 premiers mois, cela se dégrade petit à petit. Ce n’est pas d’un coup. Cela devient un malaise, un problème, une difficulté. L’époque au Camp des Loges, les gens faisaient la sécurité du centre d’entraînement et des boîtes de nuit. J’arrivais et on me disait que la veille Ronnie était à tel endroit, avec des amis, des journalistes. Je dis ‘je peux pas lutter, je ne peux pas me battre.

Au milieu de tout cela, Ronaldinho remporte la Coupe du Monde avec la Seleçao en 2002. En Ligue 1, il nous enchante par épisodes, comme au Vélodrome (doublé pour une victoire 3-0) ou à Guingamp avec son fameux slalom qui fait le tour du monde. Les conflits avec son entraîneur, l’absence de résultats, et l’envergure prise par le joueur rendent impossible une année de plus sous le maillot rouge et bleu.

Après une finale de Coupe de France perdue face à Auxerre, le numéro 10 s’envole pour Barcelone, alors que Manchester United semblait le mieux placé. 27 millions d’euros. En 2020 on dirait que c’est donné.

Le 19 juillet 2003, Ronaldinho rejoint le FC Barcelone.

Meilleur joueur de Liga et footballeur de l’année FIFA dès sa première saison, puis champion d’Espagne l’année suivante, celle là même des débuts en Blaugrana d’un petit Argentin au pied gauche magique. Un doublé Championnat – Ligue des Champions la saison d’après, avec en prime un Ballon d’Or achèvent de couronner le numéro 10. Au rayon des matchs références, on retient son pointu magique à Chelsea, sa masterclass sur la pelouse du Milan AC, ou encore celle au Bernabeu qui lui vaudra une ovation du peuple Merengue. C’est vous dire.

Mais à l’orée des meilleures années de la carrière d’un footballeur, Ronaldinho décline. Son hygiène de vie laxiste commence à le rattraper, et l’ascension inexorable de Messi lui fait de l’ombre. Accumulant les pépins physiques, et peut être rassasié par une carrière déjà bien remplie à 27 ans, la star se met son club à dos, lequel ne goûte que très peu son attitude. Avec Messi en stock, le Barça a de quoi voir venir et se résout à céder Ronnie au Milan AC.

Ronnie rejoint l’AC Milan le 15 juillet 2008.

3 saisons en Lombardie pendant lesquelles il brille par intermittence. On a notamment en mémoire ses performances contre Manchester, le Real, la Juve, et un titre de meilleur passeur de Série A en 2010. À 29 ans, on croit alors le voir renaître. Mais Ronnie n’est plus le joueur qu’il a été, et quitte l’Europe en 2011 pour rentrer au Brésil à Flamengo, puis à l’Atletico Mineiro et Fluminense, en passant par le Mexique. Il prend officiellement sa retraite en 2018.

De Ronaldinho, on retiendra son immense génie, mais aussi…

Sa qualité de passe, de dribble, sa vision du jeu, son explosivité, et cette impression incessante que quelque soit l’enjeu, le football n’est qu’un jeu. Décontracté et souriant, aussi bien lors d’un match de pré-saison qu’une finale de Ligue des Champions, il est là pour nous signifier qu’avec un ballon dans les pieds, il faut encore et toujours prendre du plaisir.

Sur le déclin à partir de ses 27 ans, il nous rappelle également qu’un sportif de haut niveau ne peut se permettre de négliger son mode de vie indéfiniment. Il se peut aussi qu’après avoir tout gagné et tout accompli, le Gaucho fut tout bonnement rassasié, et ne voyait plus son métier comme une priorité. Inconcevable pour les fanatiques que nous sommes, mais pas si rare chez un fils de pauvre passé dans une autre dimension d’un coup d’un seul, et ayant consommé tous les plaisirs que l’argent et la notoriété lui ont offert.

Aujourd’hui détenu au Paraguay pour une affaire de faux passeport, la trajectoire de la star a de quoi attrister. Pendant que lui, participe avec brio et sourire aux lèvres au tournoi de football de la prison. Comme quoi, en toutes circonstances, ceci n’est qu’un jeu. Et Ronaldinho est là pour nous le rappeler.

David Onana

Journaliste sportif

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