Jean-Marc Furlan : un discours rafraîchissant

 Jean-Marc Furlan : un discours rafraîchissant

Jouissant d’une côte particulière auprès des passionnés de football, Jean-Marc Furlan, entraîneur de l’AJ Auxerre, se démarque par un discours sortant de l’ordinaire, à l’heure où les entraîneurs semblent se méfier de la parole. Dans une époque où les supporters n’ont jamais été aussi éloignés de leurs clubs, ce discours d’un amoureux du ballon rond offre une véritable bouffée d’air frais.

Du défenseur boucher à l’entraîneur romantique

Jean-Marc Furlan, 63 ans, raconte souvent son passage de joueur professionnel à entraîneur. Amoureux profond du football de l’Ajax étant gamin, il dit lui-même qu’il n’était pas épanoui dans sa vie de footballeur, bien qu’il ait joué aux côtés de joueurs tels que Tigana, Giresse ou encore Chiesa. Ce qui l’épanouissait, c’était le jeu. En arrivant à Lyon, il a ressenti du plaisir, une liberté de jeu où l’idée était simplement de marquer un but de plus que l’adversaire.

Entraîneur, il a désormais érigé des principes où l’attaque, la prise de risques et l’audace dominent. Comme il le dit souvent à ses joueurs :

« Si tu gagnes 38 matchs sur le score de 5-4, tu as peut-être la plus mauvaise défense, mais si tu marques 5 buts à chaque match, t’es quand même champion, et tu peux possiblement remplir les stades »

Le technicien a désormais une vision claire du rôle d’entraîneur : ce qui le pousse dans ce métier, c’est de donner envie aux gens, par du jeu, de venir au stade. « Il faut procurer des émotions […] aux Pays-Bas ou en Allemagne, ils n’en ont rien à foutre du rendement, ils veulent procurer des émotions ! Et les stades sont pleins », souligne-t-il. Malheureusement selon lui, la France a pris un autre virage.

Passer au-dessus d’une « mentalité à la française »

La Ligue 1 brille par sa capacité à sortir des jeunes joueurs de talent, mais peu d’entraîneurs sont capables de parler brillamment de football. L’entraîneur de l’AJA estime que le football français peine à voir plus loin que le prochain match à gagner. Selon lui, « le problème du football est qu’il suffit d’y jouer un an pour croire que l’on comprend et prétendre donner son avis ».

En France, les clubs sont organisés selon une logique issue du monde de l’entreprise, alors que pour Jean-Marc Furlan, « on aurait dû transférer des cultures d’émotions fortes » sur le sport. Les présidents cherchent à être crédibles sur le plan comptable et pressent les entraîneurs de gagner le prochain match. « On ne fait rien de durable sans une vision plus profonde, à long terme. Aujourd’hui, ce n’est plus possible, puisque la durée moyenne d’un entraîneur à la tête d’un club est de 10 mois ». Mettre en place du beau jeu réclame du temps. Malgré tout, Jean-Marc Furlan tente de procurer du plaisir par ses principes, en pratiquant un football offensif.

Une philosophie de jeu tournée vers l’offensive et le spectacle

Furlan

Entraîneur de l’AJA depuis 2019, Jean-Marc Furlan y déploie sa philosophie tournée vers l’offensive pour tenter de ramener en Ligue 1 le club bourguignon. Quels que soient les résultats et les matches, sa philosophie ne change jamais en fonction des résultats : l’entraîneur d’Auxerre défend la notion de plaisir dans le jeu, des principes offensifs. Cependant, ce football offensif prôné par Furlan laisse-t-il la place aux libertés individuelles ? Selon lui :

« le joueur a le droit d’être créatif, peu importe la zone du terrain, que lorsque tous les protocoles de jeu sont respectés, sinon il a intérêt à réussir (rires) »

Il cite également l’exemple de Guardiola et de Favre, où il n’y a pas de place pour l’improvisation. A cet égard, Omar Da Fonseca, consultant, dit souvent de lui que « Diego Simeone est un obsessionnel du jeu défensif, il est un obsessionnel du jeu offensif ».

Désormais, gagner ne suffit plus aux supporters. Il faut en effet procurer des émotions, comme il le répète souvent, et pratiquer un football spectaculaire. « Je pense être en phase avec la nouvelle génération, pour qui la victoire seule ne suffit plus » estime Jean-Marc Furlan, obsédé par la notion de spectacle. Partout où il exerce, il applique cette célèbre phrase d’Alex Ferguson : « Notre philosophie, c’est la prise de risque et l’audace ».

Le football est tellement un sport imprévisible et aléatoire, que la principale qualité d’un entraîneur doit être l’humilité. « Je ne doute pas sur mes convictions, mais souvent du résultat. Je parle très peu de résultat à mes joueurs, mais je leur parle de jeu, parce que le résultat, tu ne le maîtrise pas ». Ce que Jean-Marc Furlan apprécie particulièrement dans ce métier, c’est le contact avec les joueurs, et de transmettre son amour du ballon rond.

Le dialogue comme vecteur de transmission de sa passion pour le football

Qu’il y ait 35 journalistes en salle de presse, ou simplement 4 comme depuis son arrivée en Bourgogne, ce qui intéresse Jean-Marc Furlan, c’est de transmettre sa passion du football. « Ma mission est de promouvoir mon sport et ma passion » résume-t-il en quelques mots. « Le football est un lien social, identitaire, important pour tout le monde. J’essaie de transmettre ce que je ressens profondément ».

A une époque où la langue de bois est de mise dans le monde du ballon rond, des discours comme celui d’un véritable amoureux du jeu qu’est le coach auxerrois sortent de l’ordinaire. Lors de son arrivée à l’AJA, un club en proie aux doutes après plusieurs saisons passées à lutter pour le maintien en Ligue 2, ce qui l’importe essentiellement est le discours, notamment pour garder l’entente dans un vestiaire. « Il faut qu’on ait tous ensemble une ligne directrice » rappelle le technicien, puisque de nos jours, tout le monde a une conception différente du football. Jean-Marc Furlan créé tous ses entraînements, et estime qu’il s’agit d’une passion, parce qu’il veut qu’ils soient précisément en fonction de sa philosophie de jeu.

Les systèmes de jeu appliqués en match ne sont qu’un appui, un concept, par rapport à l’animation qui elle, va correspondre à la complémentarité des joueurs. Ainsi, Jean-Marc Furlan évolue en 4-1-4-1 cette saison avec l’AJA, lui qui est un traditionnel partisan du 4-2-3-1.

« Le système s’adapte à la complémentarité et à ce que tu vois à l’entraînement […] il n’y a pas un entraînement où je ne parle pas à mes joueurs ».

Un futur à l’échelon supérieur ?

« Le football est mon domaine, ma maison » clame Jean-Marc Furlan. « Ma mission est de donner envie aux gens de venir au stade. Certains clubs de L1 jouent devant des tribunes vides alors que le stade, c’est la vie ». Alors, le futur de Furlan est-il orienté vers l’élite du football français ? En Ligue 1, il faut le talent pour être devant, alors qu’en Ligue 2, la cohésion collective est primordiale.

Après avoir fait remonter Brest dans l’élite au terme de la saison 2018-2019, il décide pourtant de rester en Ligue 2, en rejoignant l’AJ Auxerre. Une partie de l’opinion publique pense alors qu’il a peur de revenir en Ligue 1. A ces suppositions, Jean-Marc Furlan répond « c’est quoi ces conneries ? », mais comprend que les gens se disent avec regret « mais pourquoi ce con n’est pas allé en L1 pour montrer ce qu’il vaut ? ». Il répond alors avec son franc-parler légendaire, qui fait du bien dans ce football français : « J’ai des copains coachs qui ne jurent que par la Ligue 1. Je ne sais pas ce que ça signifie. Moi, c’est le football par-dessus tout ».

L’AJ Auxerre affiche aujourd’hui une bonne image depuis le début du championnat. Actuellement 6ème de la Ligue 2 avec la deuxième meilleure attaque (48 buts), l’équipe bourguignonne lutte enfin pour retrouver l’élite. Réputé pour aider ses clubs à monter en Ligue 1, son bilan en dix-huit mois semble plutôt positif. Ne lui reste plus qu’à rester en course pour les barrages d’ici la fin de la saison. Autrement, ses détracteurs risquent de s’en donner à cœur joie.

Hugo Guérin

Supporter inconditionnel de l'Olympique Lyonnais. Comme le dirait Albert Camus : « Il n'y a pas d'endroit dans le monde où l'homme est plus heureux que dans un stade de football ».

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