La France, terre d’investissements ?

 La France, terre d’investissements ?

Depuis 2011 et l’arrivée de QSI en tant qu’actionnaire majoritaire au club du Paris-Saint Germain, de nombreux investisseurs étrangers sont apparus sur la scène du football français. Qu’adviendra-t-il de cette tendance au regard des conséquences économiques provoquées par la pandémie de COVID-19 ?

Des récents indices, tout autant économiques que juridiques, nous démontrent que la situation sanitaire ne risque pas de constituer un frein à l’investissement étranger au cœur du football professionnel français.

La crise sanitaire ne semble pas avoir marquée de pauses dans les négociations entre les investisseurs et les propriétaires. Pour preuve, le récent rachat du TFC par Red Bird Capital Partners, fonds d’investissements américain possédant un portefeuille d’actifs de 4 milliards de dollars, a défrayé l’actualité au cours de l’année 2020. Le Toulouse Football Club est désormais possédé à 85% par les investisseurs outre-atlantiques.

De manière plus discrète, des prises de participations viennent modifier l’actionnariat des clubs de Ligue 2. Le royaume du Bahreïn, fin juillet, est devenu actionnaire du Paris FC à hauteur de 20% tandis que le City Football Group vient d’acquérir l’ESTAC, son 10ème club.

Au regard de ce changement de propriétaire de l’ESTAC, la compétitivité du football professionnel de club en France interroge. En possédant le plus de clubs possibles, le City Football Group voit la possibilité de développer le plus de jeunes joueurs à haut potentiel augmenter. L’ESTAC devient alors un véritable outil de développement pour les Citizens. Ces volontés affichées par l’ancien champion d’Angleterre font naître des craintes légitimes.

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Les clubs français, des actifs attractifs…

Malgré toutes ces inquiétudes, l’intérêt suscité par les clubs professionnels français auprès des investisseurs n’est pas le fruit du hasard. Il est en réalité le résultat d’une multitude de facteurs.

Tout d’abord, miser sur un club de Ligue 1 ou en Ligue 2 permet d’investir à un tarif raisonnable en comparaison aux prix pratiqués dans les autres grands championnats européens.

Le prix de rachat du TFC, avoisinant les 20 millions d’euros, se rapproche de celui d’autres clubs français. En effet, la célèbre vente du PSG en direction du QSI en 2011 s’est déroulée à un prix de l’ordre de 40 millions d’euros. L’Etat du Golfe avait obtenu, après pas moins de 6 ans de tentatives infructueuses, 70% des parts du club parisien. Toutefois, le rachat en 2012 par le consortium qatari des 30% restants aux fonds américains Colony Capital et Butler Capital Partners, a amené l’achat du PSG à un total de 79 millions d’euros.

En 2011 également, le russe Dmitri Rybolovlev a récupéré 66% des parts du club de Monaco pour un total de 100 millions d’euros, étalé sur 4 années.

Un autre cas peut aussi être mis en avant, il s’agit du rachat de l’OM en 2016 par l’homme d’affaires américain Frank McCourt, pour un montant de 45 millions d’euros.

En comparaison avec les clubs étrangers…

En effet, nous remarquons aisément que les prix pratiqués à l’égard des clubs français constituent une réelle motivation pour les investissements étrangers.

On peut citer l’exemple du Milan AC, racheté en 2016 à hauteur de 99% par un consortium chinois, ayant déboursé par moins de 740 millions d’euros. En 2018, c’est ensuite le fonds américain Elliott qui a pris le contrôle du club italien. En 2019, de folles rumeurs annonçaient même le rachat du club par le groupe LVMH, pour une offre dépassant le milliard. Cette version a toutefois été démentie par le groupe français.

De tels prix sont également présents dans le football anglais. En 2016, un fonds d’investissement chinois créait la surprise en proposant au propriétaire du FC Liverpool, John W. Henry, un rachat du club de l’ordre de 700 millions de livres, mais Fenway Sports Group n’était pas enclin à vendre le club.

De la même manière, le rachat de Newcastle United a été largement envisagé lors de l’été 2020 par un consortium saoudien, pour un montant de plus de 330 millions d’euros. Ce dernier s’est finalement retiré de la vente, évoquant notamment l’incertitude mondiale régnant actuellement.

Le droit pourrait limiter ces investissements

On remarque cependant qu’une importante ligue nationale se distingue quant à la présence de propriétaires étrangers en son sein.

L’Allemagne s’est en effet dotée d’une législation spécifique, qui ne permet pas à un investisseur, qu’il soit allemand ou étranger, de prendre possession d’un club. Les clubs allemands doivent être à 50% + 1 minimum la propriété de leurs membres. Ce système met ainsi un frein à l’arrivée d’actionnaires majoritaires, qui pourraient prendre possession d’un club depuis l’extérieur. Cette législation est approuvée par une majorité des clubs allemands, même si certains présidents y sont totalement opposés. C’est par exemple le cas le Martin Kind, président du club de Hanovre.

Cette règle protectrice pourrait peut-être donner des idées de l’autre côté du Rhin, si les investisseurs étrangers continuaient à affluer en France. Même si la législation n’est pas aussi poussée dans l’hexagone, les autorités ne se désintéressent pas de la question, loin sans faux. Bien que quelque peu passé inaperçu, l’Autorité de la Concurrence commence à analyser le volet concurrentiel des prises de participations dans les clubs de football professionnel français.

Lors du rachat de l’OGC Nice par Ineos, l’autorité concurrentielle regarda notamment les conséquences de celui-ci sur le marché des transferts. Le rachat fut autorisé car de manière assez évidente, le groupe Ineos ne possède pas de position dominante sur ce marché spécifique. Il respecte alors l’ensemble des règles anticoncurrentielles en vigueur.

Des supporters inquiets de ces changements d’actionnaires

Que certaines autorités commencent à se pencher sur les conséquences économiques de ces rachats doit certainement ravir les supporters des clubs français. Dire que ces derniers se sont montrés réticents à ces opérations est un euphémisme tant les contestations furent fortes. La situation récente des Girondins de Bordeaux en est un exemple criant.

Football : l’argent a pris une place beaucoup plus importante
(Crédit : Odoxa pour RTL et Groupama)

Les ultras démontrent depuis, sans cesse, un certain mépris à l’égard des nouveaux actionnaires. D’ailleurs, selon un récent sondage Odoxa, 56% des amateurs voient l’investissement étranger dans les clubs de football français comme une mauvaise chose.

La recherche de rentabilité

L’intéressement récent de certaines autorités ne revêt pas seulement une utilité pour les groupes de supporters. D’un point de vue économique, il existe aussi un intérêt, celui de s’assurer que ces rachats ne se transforment pas en catastrophe économique.

La rentabilité de l’investissement n’est pas toujours au rendez-vous, et ce n’est n’est certainement pas Franck McCourt qui affirmera le contraire tant il doit de manière récurrente renflouer les caisses du club olympien. Au-delà de ces prix de rachat avantageux, la Ligue 1 apparaît comme le gage d’une plus-value non négligeable pour les consortiums étrangers.

(Crédit : LeParisien)

La Ligue Française a en effet connu une véritable explosion des droits TV, ayant augmenté à hauteur de 60% pour la période 2020-2024. Initialement prévu à un milliard d’euros, c’est finalement 1,153 milliard d’euros qui a été déboursé pour l’attribution des droits. Le diffuseur historique Canal+ a été exclu du jeu, en grande majorité au profit du média espagnol Mediapro.

Selon une déclaration de Jean-Michel Aulas pour l’Equipe TV, les clubs réalisant un chiffre d’affaires à hauteur de 250 millions d’euros peuvent en espérer une hausse de 50 à 60 millions d’euros.

Autre gage de rentabilité, l’excellence de la formation française n’est plus à démontrer, la France étant l’un des meilleurs pays au monde dans la détection et la formation de jeunes talents. Ce gage de qualité permet aux investisseurs étrangers d’envisager de futurs transferts de joueurs très avantageux financièrement, au risque de développer à outrance le “trading joueur”, qui transforme les footballeurs en purs produits financiers. Ce concept est bien connu de l’Ajax Amsterdam, mais aussi des clubs portugais. Il nous rappelle que les clubs de football sont avant tout des actifs, en constante recherche de plus-value.

Le contexte sanitaire actuel risque probablement de réduire la valeur de cet actif. Ce revenu en hausse arrive donc à un moment particulièrement opportun pour les clubs français.

La crise du coronavirus pourrait d’ailleurs engendrer le retour d’un autre atout non négligeable en faveur des clubs français, celui du droit à l’image collective, largement sollicité par le syndicat Première League. Supprimé en 2009, il permettait aux club de bénéficier d’un allègement de 30% sur les salaires versés aux joueurs. Le syndicat espère désormais des actes concrets après une discussion datant de la fin du mois d’août avec Olivier Dussopt, le ministre délégué chargé des comptes publics.

Les dirigeants français sont vendeurs

Un autre élément n’est certainement pas assez mis en avant. Certes, les investisseurs étrangers prennent de manière récurrente des renseignements sur la possibilité de prendre des participations dans les clubs de Ligue 1 ou de Ligue 2, mais à l’opposé, on constate aussi que les clubs français sont très vendeurs. Par exemple, l’ESTAC cherchait depuis un long moment à convaincre un nouvel investisseur majoritaire pour rejoindre le club de l’Aube. Il y a donc bel et bien un accord de volontés entre les deux parties.

Par ailleurs, il est nécessaire de préciser que les grandes entreprises françaises n’investissent que de manière marginale dans ces structures. On peut tout de même citer le groupe Vinci, présent dans le capital du Paris FC, mais d’autres sociétés du CAC 40 se sont au contraire retirées du capital des clubs professionnels ces dernières années. L’exemple le plus marquant est celui de PSA qui n’a plus souhaité poursuivre son investissement au sein du FC Sochaux Montbéliard, alors qu’il en était pourtant le partenaire historique. Christophe Lepetit, directeur des études économiques du CDES (Centre de Droit et d’Economie du Sport) de Limoges, affirme d’ailleurs que les grandes entreprises du CAC 40 sont plutôt frileuses pour investir dans ce domaine.

Toutes ces raisons peuvent nous amener à nous interroger sur la composition de l’actionnariat dans les clubs de football professionnel français, car tout porte à croire que de plus en plus d’investisseurs étrangers vont se tourner vers la Ligue 1 et la Ligue 2. Mais qu’en sera-t-il alors de l’image du football français quand l’ensemble de ces clubs professionnels seront possédés par des capitaux étrangers ?

Article co-écrit par Aurélien et Elodie

Aurelien Schwartz

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