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Le Qatar aura-t-il une équipe compétitive à sa Coupe du Monde en 2022 ?

 Le Qatar aura-t-il une équipe compétitive à sa Coupe du Monde en 2022 ?
Depuis la désignation du Qatar comme pays organisateur de la Coupe du Monde 2022, les polémiques se sont enchaînées (conditions de travail des ouvriers sur les chantiers des stades, conditions climatiques) mais jamais la question n’a été posée de savoir si le Qatar possède le niveau pour participer à une Coupe du Monde.

Le football, un investissement pour le Qatar

Alors que de longues discussions ont eu lieu et que Gianni Infantino a toujours montré sa volonté d’étendre le mondial à 48 nations, le mondial au Qatar se disputera bien à 32. Le Qatar, en tant que pays hôte, est qualifié d’office pour son mondial et se pose alors la question de sa compétitivité.

Développer le football dans l’émirat est une réelle volonté politique et l’organisation de la plus prestigieuse des compétitions peut être vue comme un accomplissement. Certes, il y a une volonté étatique d’organisation mais il y a aussi une volonté étatique de performance.

Le plus bel exemple est certainement la construction du complexe ASPIRE. Ce centre d’entraînement ultra-futuriste vise à former les joueurs qataris de demain. Les joueurs formés au sein de ce centre ne sont pas seulement de nationalité qatarie mais viennent de l’ensemble des pays du Golfe. Le Qatar peut se permettre de nombreux investissements, comme le fait de mettre des capteurs au sol sur les terrains pour que les joueurs en formation puissent améliorer leurs gestes grâce à la retransmission de leurs gestes en direct sur des écrans.

L’Aspire Academyvue du ciel.(Crédit : FIG International Gymnastics Federation )

Pour faire progresser ces joueurs, l’académie ASPIRE a cherché à embaucher des professionnels de renom. Parmi eux, le professeur Valter Di Salvo, directeur de la performance a déjà exercé ce poste dans de grands clubs comme le Real Madrid ou Manchester United et son expérience sera extrêmement bénéfique pour amener les joueurs au haut niveau. Le jeu prôné au sein de l’Académie doit être identique à toutes les catégories d’âge. C’est un jeu basé sur la possession, sur la multiplication des passes et sur l’idée de toujours ressortir par le jeu. Cette doctrine provient du recrutement par le Qatar d’anciens entraîneurs de la Masia. Cette philosophie se retrouve même à la tête de l’équipe nationale avec Felix Sanchez Bas. Il est arrivé dans l’émirat en 2006 et il a amené sa philosophie au plus haut niveau du football qatari. D’ailleurs, à l’issue de son contrat en 2022, la piste Xavi est très sérieusement évoquée et cela serait un signe de continuité dans le développement de l’équipe nationale.

Dans le “dôme” de l’Aspire Academy, un stade de 5.500 places. (Crédit photo : Chris Brandner)

Tous ces investissements ne sont pas sans résultats pour les instances émiraties. En effet, le Qatar a remporté la Coupe d’Asie 2019 en s’appuyant notamment sur la génération des moins de 19 ans vainqueur de la Coupe d’Asie de cette classe d’âge en 2014 avec notamment un joueur comme Akram Atif qui est très important dans le dispositif de Sanchez Bas.

De plus, avec le Japon, le Qatar était invité pour participer à la Copa America 2019. Beaucoup d’observateurs voyaient cette sélection comme la plus faible de la compétition mais elle n’a jamais renié ses principes de jeu et a produit un jeu agréable.

Mais il existe des barrières au développement du football qatari, notamment pour son équipe nationale. Tout d’abord, celle-ci mis à part la Copa America, n’affronte que très peu d’équipes de haut niveau. Bien que les matchs amicaux servent d’étalonnage pour le Qatar face à des nations huppées (Brésil, Suisse, Islande, Algérie), ceux-ci ne sont pas suffisants. La plupart du temps, le Qatar affronte des équipes du continent asiatique que ce soit en matchs de qualification ou en matchs amicaux. A la lumière du classement mondial FIFA, les nations asiatiques ne jouent pas les premiers rôles et cela constitue forcément un frein au développement de l’équipe nationale.

Les freins au développement du football qatari

Au regard de la composition d’équipe lors de son dernier match, on peut déceler une autre barrière au développement de l’équipe nationale. En effet, tous les joueurs de l’équipe nationale évoluent dans le championnat local. Et même si celui-ci a tendance à progresser notamment par l’attractivité que suscite ces salaires, le championnat qatari n’est encore pas du niveau des principaux championnats européens.

Pour contourner cette limite, les instances qataries tentent de lier des partenariats avec des clubs européens pour pouvoir envoyer les joueurs qataris pour qu’ils s’aguerrissent. Le partenariat mis en avant par l’Aspire Academy est celui conclu avec le club d’Eupen qui joue en Jupiler Pro League.

L’objectif clairement affiché est d’habituer les joueurs qataris aux joutes européennes. A un stade moins important, l’Academy est aussi entré en contact avec le club autrichien de Linz où est notamment passé l’attaquant de la sélection Almoez Ali. L’Aspire Academy est aussi propriétaire d’un club en troisième division espagnole, le Cultura Leonesa. Comme les qataris veulent rapidement réussir, la position de ce club satellite en troisième division ne donne satisfaction dans l’émirat, le rachat du club d’Alcoron en seconde division espagnole fut pendant longtemps évoqué sans succès. Malgré des résultats intéressants sur la scène asiatique (demi finale de Ligue des Champions asiatique pour le club de Al Saad), le niveau en club n’est pas assez satisfaisant et les yeux se braquent forcément vers les clubs européens.

Enfin un autre frein au développement de l’équipe du Qatar résulte dans son faible vivier de joueurs qataris. Mis à part la génération U19 vainqueur de la Coupe d’Asie en 2014, les équipes de jeunes souffrent d’un déficit de résultat. Que ce soit lors du dernier tournoi de Toulon ou lors de la dernière Coupe du Monde U20, le Qatar n’a gagné aucun match. Pour contourner un vivier faible de joueurs nationaux, il est possible de recourir à des nationalisations. Les statuts de la FIFA régissent l’ensemble des situations liées à la nationalité des joueurs.

Les U19 du Qatar, vainqueur de la Coupe d’Asie des nations en 2014. (Crédit photo : the-afc.com)

Bien que chaque état soit souverain dans les règles concernant l’attribution de la nationalité de son état, la FIFA dans ses textes fixent ces propres règles concernant la nationalité footballistique. Le Qatar, notamment sous l’ère de son ancien sélectionneur Djamel Belmadi avait énormément recours à ce processus comme l’équipe de handball a pu aussi l’utiliser à outrance.

Les pratiques qataries consistaient à aller chercher des jeunes joueurs africains pour les faire vivre sur le territoire qatari et qu’il sot alors éligible à la sélection nationale. Mais dénoncer aujourd’hui le Qatar comme un pays nationalisant à tour de bras des joueurs de foot ne semble plus vraiment avoir de sens. Certes, sur la dernière composition d’équipe, de nombreux joueurs possèdent deux nationalités mais cependant, les instances qataries ne violent pas les règles FIFA. Les joueurs sont souvent nés à Doha donc éligibles à la nationalité sportive qatarie ou ont vécu pendant cinq années consécutives sur le territoire de l’émirat, ce qui est le cas de Pedro Miguel dit Ró-Ró.

L’Equipe nationale du Qatar lors de la Copa America 2019 au Brésil. (Crédit photo : Getty)

Même si les conditions d’éligibilité semblent être remplies, des contestations peuvent apparaître notamment chez les adversaires. Lors d’un match entre les Emirats Arabes Unis et le Qatar le 30 janvier 2019, les émiratis ont formé appel pour obtenir victoire sur tapis vert car selon eux le Qatar n’a pas respecté la condition de l’article 7 des statuts de la FIFA qui dispose que le joueur au-delà de l’âge de 18 ans doit vivre 5 années sur un territoire sur lequel il veut obtenir la nationalité. Les émiratis visaient Bassam Al-Raw et Almoez Ali. Comme les joueurs avaient 21 et 22 ans au moment des faits, la condition ne peut être remplie. Mais la confédération asiatique a rejeté l’appel le 01 février 2019 sans donner de réelles explications.

L’équipe Qatarie n’est pas une équipe nationalisée, c’est une équipe construite avec un vrai projet de jeu et elle sait quels sont ses préceptes. Félix Sanchez Bas s’appuie sur une ossature forte et sur certains joueurs comme Khouki, Al Haidos ou Akram Atif. Evidemment, la notion de compétitivité est empreinte de beaucoup de subjectivité. Mais le projet mené par Doha amène à penser que les fondamentaux sont solides, autant dans la construction du groupe que dans la construction du jeu.

Les Al-Annabi ne devront pas dévier de leurs principes de jeu pour tenter d’obtenir des résultats dans la compétition. Le jeu prôné par Félix Sanchez Bas est certainement le jeu le plus efficace pour lutter contre les plus grandes nations mondiales. Un jeu basé sur le mouvement et le redoublement de passes peut procurer plus de résultats qu’un jeu basé sur le physique surtout avec l’effectif en présence au sein duquel aucun joueur n’évolue dans un championnat européen. Il y aura certes une forte pression des dirigeants qui souhaitent voir leur projet se concrétiser par des résultats que les joueurs devront apprendre à gérer mais il semble bel et bien que  le Qatar pourrait être bien plus qu’un faire-valoir en 2022.

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Aurelien Schwartz

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