Ligue des champions : Ligue d’émotions

 Ligue des champions : Ligue d’émotions
Un Grand Cru est la plus haute appellation concernant le vin. Créé en 1935 pour le monde viticole, ce label a depuis été étendu à d’autres domaines. Le sport numéro 1 peut aujourd’hui être sujet à cet appellation tant chaque années, les éditions de la plus prestigieuse Coupe d’Europe se sont avérées être de plus en plus spectaculaire.

Si on file la métaphore, on considérera la « coupe aux grandes oreilles » comme un vin se perfectionnant en vieillissant et arrivant à maturation cette année 2018-2019 qui nous a offert, peut-être, ce qu’il y a de meilleur dans l’histoire du football européen.

Si l’on veut conter l’histoire de cette saison exceptionnelle, il faut remonter au deuxième tour des qualifications. On y retrouve des habitués de la compétition (Celtic Glasgow, Rosenborg ou le FC Bâle) et l’une des équipes historiques de la Ligue des champions : l’Ajax d’Amsterdam. 4 fois titrés (1971, 1972, 1973, 1995) et club pionnier du football total, les Ajacides sont en quête de renouveau sur la scène européenne, ne passant quasiment plus la phase de groupe de la compétition depuis leur dernier sacre. Ils affrontent, durant les mois de juillet et août, les autrichiens du Sturm Graz, les belges du Standard de Liège et les ukrainiens du Dynamo Kiev, les gouttes de sueur ruisselant sur les visages encore bronzés de joueurs ayant écourté leur vacances pour vivre une aventure européenne qui s’annonce prometteuse suite à leur finale d’Europa League (2016-2017). En effet les jeunes Van de Beek, De Ligt ect… ont prit de la maturité et visent désormais plus haut. L’équipe rouge et blanche se qualifie sans trop de difficulté pour la phase de groupe de la Ligue des champions.


Le calme avant la tempête

La logique est respectée durant cette phase de poule, les favoris se qualifient sans trop de soucis et quelques équipes semblent faire office de futures vainqueurs de la compétition. Premier du groupe de la mort (Naples, Liverpool, Étoile Rouge de Belgrade), le PSG semble armé pour réaliser son grand rêve européen. Le FC Barcelone sort lui invaincu et premier de sa poule devant Tottenham tandis que son rival madrilène sort lui aussi en tête de son groupe sans rassurer (deux défaites). L’Ajax, évoqué plus tôt, termine deuxième derrière le Bayern sans démériter. Les choses sérieuses peuvent commencer, les 16 équipes sont dans l’arène, prêtes a en découdre et à nous offrir un spectacle sans précédent.


Le trône vacille

Tout le monde veut sa peau, depuis 3 ans le Real Madrid séquestre le trophée sans laisser une once d’espoir à quiconque voudrait s’accaparer le précieux graal : au courage face à l’Atletico en 2016 et tout simplement trop forts pour la Juventus et Liverpool les deux années suivantes. C’est avec moins de certitude que la « Maison blanche » se présente face à une Ajax vaillante et techniquement impressionnante en poule. Orphelin de Cristiano Ronaldo, les madrilènes se présentent tout de même avec ses attributs de roi, Modric et Casemiro au milieu de terrain, Benzema devant et la même charnière centrale Varane-Ramos que lors de ses brillantes conquêtes. Première manche à Amsterdam, le Real Madrid l’emporte 2-1 sans rassurer tout en prenant une belle option pour une qualification qui devait être, à la base, une formalité. Match retour, les Merengue prennent l’eau face à une équipe exceptionnelle de justesse technique et de courage. Les bourreaux du roi se nomment Tadic, Neres, Schöne et Ziyech et marchent sur une couronne qui semblait bien trop grande pour une équipe madrilène dépassée (1-4), tout simplement trop faible pour résister au tsunami néerlandais. L’Europe est prévenue, un prétendant inattendu au trône vient de débarquer. Le premier acte d’une phase éliminatoire irréelle vient d’avoir lieu, sous les yeux ébahis de millions de fans de football qui n’en sont qu’aux prémices d’un déroulement démentiel.


Princes déchus

L’élimination surprise du Real Madrid dés les huitièmes de finale n’est pas le seul événement majeur à noter à ce stade de la compétition. En effet, l’outsider principal à la succession du Real Madrid, le PSG, a lui connu un traumatisme que le match aller ne laissait, en aucun cas, présager. Après une première manche remportée avec la manière à Old Trafford (2-0), le PSG s’est sabordé tout seul face à une équipe B de Manchester, faisant ressortir les vieux fantômes de la fameuse « Remontada » face à Barcelone. Les Red Devils, sans rien montrer, l’emportent (3-1) et plonge le PSG dans le noir. Une soirée terrible pour un Parc des princes qui attendait de définitivement tourner la page de l’humiliation contre Barcelone. Un retournement de situation hors du commun dû à un manque de caractère flagrant et ramenant le PSG à la dure réalité européenne qui lui colle à la peau depuis son rachat. Les quarts de finale se dérouleront, pour la deuxième année consécutive sans le club français. La Juventus, elle aussi a failli être stoppée nette dans son chemin vers le sacre ultime, elle, la finaliste malheureuse (7 défaites en finale) mais déterminée à vaincre le mauvais sort grâce à l’arrivée de monsieur Ligue des champions, Cristiano Ronaldo. Le meilleur buteur de l’histoire de la compétition a, une nouvelle fois, endossé le costume de super- héros pour sauver une situation très mal embarquée. Vaincu par l’Atletico (2-0) à l’aller logiquement, la Vieille dame et le portugais promettent l’enfer aux Colchoneros pour le retour au Juventus Stadium. Un match retour qui va encore un peu plus renforcé la légende du quintuple ballon d’or : un triplé, sec et sans contestation au terme d’une partition grandiose qui envoie la Juventus à l’échelon supérieur (3-0). Il en reste huit désormais, tandis que Barcelone et Liverpool disposent facilement de leur adversaires (Manchester et Porto), Manchester City et Tottenham vont s’affronter lors d’un combat 100% anglais totalement délirant. Au terme d’un match maitrisé à l’aller (1-0), les Spurs de Tottenham vont livrer un combat sans merci aux hommes de Guardiola. Répondant aux assauts incessants des citizens, les hommes de Pochettino tiennent un score (4-3) qui les qualifient. On joue la 95ème minute de jeu, Sterling, au bout d’un dernier effort pense qualifier son équipe et laisse l’Etihad Stadium exploser. Pas pour très longtemps, la VAR intervenant et signalant un hors-jeu. Une montagne d’émotions qui profite donc à des Spurs exceptionnels de courage et d’abnégation. City, qu’on annonçait comme l’un des favoris, chute encore. Dans l’autre quart-de-finale, on retrouve l’Ajax, opposé à une Juve en pleine bourre. Mais le double vainqueur de la compétition va subir la loi d’une équipe néerlandaise qui ne finit plus d’impressionner. Cela fait 3-2 sur l’ensemble des deux matchs, la bande à De Jong file en demi, laissant à quai une Vieille dame qui se voyait, peut-être, trop belle.

Digne d’un film

Dernier carré : exit City, le PSG, la Juve, le Real Madrid…les deux demi-finales de la compétition verront s’affronter Tottenham et l’Ajax d’une part et Liverpool et le Barça d’autre part. Il fallait avoir le coeur bien accroché pour suivre ces deux affrontements de légende. Le 1er acte est porté par un nom, celui de Lionel Messi, magistral contre Liverpool (3-0). L’argentin a sorti sa baguette magique et les catalans ne laissent rien aux Reds, Piqué, monumental, est partout. Ça semble trop fort pour un Liverpool en très mauvaise posture qui, par Mohamed Salah a l’occasion de recoller au score, c’est le poteau qui en décidera autrement. Ce n’était pas le soir de Liverpool et la réalité est difficile à accepter, il faudra remonter un retard de 3 buts. Une semaine plus tard, Anfield attend son exploit et sort son habit des grands soirs. Le « You’ll never walk alone » chanté à plein poumons donne le ton, ce qu’il se passe ensuite appartient à l’histoire. Les joueurs de Klopp donnent tout ce qu’ils ont et renversent une situation quasi-impossible (4-0). Les héros s’appellent Wijnaldum, Origi, Alexander-Arnold, Alisson ect…Barcelone sort, comme l’année dernière, par la toute petite porte après une nouveau retournement de situation, plus invraisemblable encore que la défaite 3-0 face à la Roma. La ville de Liverpool est, elle, ivre de bonheur et s’apprête à vivre une nouvelle finale européenne. Face à qui? La planète football attend l’Ajax. Les hommes de Ten Hag font figure de favoris face à un Tottenham qui a laissé des plumes face à City et qui se présente sans son atout numéro 1 : Harry Kane. Après un match aller remporté 1-0 sur le terrain des Spurs, les joueurs de la capitale néerlandaise déroulent lors de la première période de la manche retour. 2-0 à la mi-temps, 3-0 sur l’ensemble des deux parties. La messe semble dite pour un Tottenham qui semble arrivée au bout de ce qu’il peut proposer. Cependant, il fallait un finish particulier pour clôturer ces matchs à élimination directe. Quel scénario pourrait résumer cette saison de LDC dans son intégralité ? Les 45 dernières minutes de cet Ajax-Tottenham resteront à tout jamais écrites dans l’histoire du football européen. Un drame en trois actes avec comme acteur principal un brésilien, que personne n’attendait, même pas titulaire au début de saison : Lucas Moura. L’ex-joueur du PSG, touché par la grâce, envoie son club en finale de Ligue des Champions pour la première fois de son histoire (3-2). Un triplé ahurissant qui laisse les joueurs néerlandais à terre pour quelques minutes, l’aventure s’arrête ici pour ce qui restera l’équipe ayant ressusciter le football total, modèle de jeu délaissé depuis quelques années.


La fin d’une saison inoubliable

La finale parait presque anecdotique. Liverpool l’emporte logiquement 2-0 face à un Tottenham essoufflé et soulève sa 6ème Ligue des Champions. Klopp est sur le toit de l’Europe et vient confirmer l’apothéose qu’était déjà l’exploit face au Barça. Cette édition 2018-2019 nous oblige à nous demander si nous ne venons pas d’assister à la plus incroyable Ligue des champions de l’histoire du football. Le débat est ouvert, cependant quelque chose reste certain et incontestable : cette saison à elle seule, permet de résumer ce que le football peut procurer dans toute sa globalité. Un véritable millésime footballistique qui n’a fait qu’exacerber le caractère émotionnelle d’un sport qui ne semble jamais s’arrêter de nous surprendre. Supporter, journaliste, entraineur, joueur…qui que l’on soit, on ne peut que se réjouir d’avoir assister/vécu à quelques mois hors du temps et appart dans l’histoire du ballon rond.

Guillaume D.

Etudiant en journalisme à IEJ Paris. Chroniqueur chez "Les Réservistes". 19 ans.

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