Une nouvelle affaire Matrioskas à venir ?

 Une nouvelle affaire Matrioskas à venir ?

L’UD Leiria, club actuellement en troisième division portugaise, ne dit certainement pas grand-chose à la plupart des suiveurs actuels du monde du football. Pourtant, ce club est au cœur d’une affaire judiciaire liant grand banditisme russe, blanchiment d’argent et football. En mai 2016, les autorités judiciaires portugaises en coopération avec EUROPOL mène plusieurs arrestations au sein de l’UD Leiria.

Les raisons …

L’UD Leiria était suspecté, dans son ensemble, d’avoir servi de support au grand banditisme russe pour blanchir des sommes importantes de cash via différents mécanismes. Le football, via ces différentes rentrées d’argent, est un lieu idéal car l’infraction s’effectue de façon importante en très peu de temps et c’est pour cela que le grand banditisme s’en sert.

Le schéma utilisé par les organisations criminelles a été analysé par EUROPOL.
  • La première étape est de repérer des clubs en faillite ou en phase de le devenir.

Concernant l’UD Leiria, celui-ci fut rétrogradé de la première à la seconde division à l’issue de la saison 2011-2012. Cette saison étant déjà marquée par des difficultés financières, notamment des non-paiements de salaires pendant plusieurs mois. L’année suivante, la descente aux enfers continue : une nouvelle descente suivie d’un dépôt de bilan.

  • Ensuite, les organisations criminelles effectuent des donations et des investissements dans la structure visée sur le très court terme.

Cela pour se sentir important et ainsi avoir une emprise sur le club en question. La situation financière des clubs allant généralement de mal en pis, ceux-ci sont alors obligés de vendre à ces généreux donateurs.

  • La troisième étape, décrite par Europol, du processus est alors de procéder au rachat de la cible.

En février 2015, le club est finalement racheté par DS investment qui devient alors actionnaire principal avec 60% des parts avec à sa tête son nouveau président, Alexander Tolstikov. Une fois le club racheté, l’organisation criminelle peut alors rentrer dans la phase finale de son plan…

Alexander Tolstikov, devient le président de Leiria en 2015.
  • Le blanchiment à grande échelle de sommes d’argent.

Le football business devient alors un terrain de prédilection pour cela.. Les investigations démontrent que le grand banditisme russe se servait de différents canaux pour le blanchiment d’argent. Le plus important étant les transferts de joueurs, en sous évaluant ou surévaluant la valeur des joueurs. Le listing des transferts démontre que de nombreux joueurs russes sont arrivés à Leiria, mais seulement un a joué en équipe première.

Europol estime aussi que les criminels russes se sont aussi servis des accords de droits télévisuels pour blanchir de l’argent, ainsi que sur la manipulation des compétitions sportives en truquant le résultat de certains matchs. En effet, l’enquête a aussi mis en avant que l’organisation criminelle possédait de nombreux liens en Europe, notamment en Alllemagne, en Grande Bretagne et en Autriche.

Les grands clubs portugais sont également touchés par cette affaire…

L’UD Leiria n’est pas le seul club touché par cette affaire extra-sportive au Portugal. Les ramifications s’étendent jusqu’aux plus grands du Portugal. Le Sporting Braga, le Sporting Lisbonne et Benfica sont présents dans cette affaire, du fait d’avoir acheté des joueurs russes de Leiria.

A la suite de cette affaire, Igor Angelini, à la tête du groupe d’investigation financier d’Europol a déclaré

« Le secteur du football présente des vulnérabilités liées à sa structure, son modèle financier et sa culture qui pourraient être exploitées par les criminels. »

La régulation n’ayant pas progressé depuis 2016 dans le monde du football, cette déclaration reste toujours autant d’actualité.

Quels risques pour le football en 2020 ?

La crise actuelle du coronavirus et ses conséquences économiques renforcent l’hypothèse d’une nouvelle affaire Matrioskas dans les années à venir. De nombreux instances supranationales mettent en garde contre les risques de corruption et de lobbying de plus en plus en grands en cette période. De nombreuses ONG appellent aussi à faire preuve de la plus grande vigilance en cette période.

Du côté du football, une grande majorité de clubs en Europe fonctionnent, ou survivent, grâce à un flux constant de revenus importants. En France, par exemple, le non-versement, de la part de Canal + et Bein, des dernières échéances des montants de droits télévisuels stoppe ce flux constant de revenus pour les clubs français.

De plus, le football mondial risque de connaître une forte déflation des montants des transferts, plongeant alors de nombreux clubs basés sur des transferts réguliers de joueurs dans une spirale négative. Ces clubs, se basant sur le modèle dit du trading, ne pourront plus atteindre les objectifs financiers fixés au moment de la rédaction du budget.

Comme les clubs se retrouvent dans des situations financières compliquées, ces derniers recourent de plus en plus aux prêts sur les marchés financiers ou auprès de fonds d’investissement privés. La Ligue de Football Professionnel risquant très certainement d’obtenir un prêt dans les prochains jours avec garantie de l’Etat. Il n’est pas interdit de penser que cela pourrait se généraliser dans d’autres pays.

Comme tout prêt, il impliquera remboursement. En cas de difficultés à rembourser, les clubs pourraient alors compter sur l’aide de généreux donateurs prêts à aider la structure en danger.

Au risque de voir quelques mois plus tard le club racheté et voir le schéma dessiné par Europol se reproduire…

Pour éviter que le crime organisé et le football soient une nouvelle fois associés, les instances nationales et supranationales doivent faire preuve de maîtrise dans la régulation de ce sport si régulation il doit y avoir.

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Aurelien Schwartz

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