La date du 5 mai 1992 est gravée à jamais dans l’histoire du football français. Bastia reçoit Marseille en demi-finale de Coupe de France, une fête dans un premier temps qui se transforme en véritable cauchemar. Retour sur la catastrophe de Furiani.
Vainqueur en quart de finale face à l’AS Nancy-Lorraine (0-0 puis 3-0 tab), le SC Bastia valide son ticket pour les demi-finales de Coupe de France. Le. 23 avril 1992, lors du tirage au sort, les Corses héritent de l’Olympique de Marseille de Jean-Pierre Papin, Pelé, Amoros ou encore Basile Boli, victorieux au Stade Malherbe Caen (1-3) au tour précédent. Une affiche rêvée pour le club corse qui compte sur la présence du public pour recevoir une recette importante.
Suite à l’annonce de ce match, les dirigeants bastiais décident d’agrandir le stade Armand-Cesari de Furiani, sans permis de construire, en créant une tribune provisoire pouvant accueillir près de 10 000 supporters supplémentaires. Dans la nuit du 24 au 25 avril, ils détruisent sans permis de démolition la tribune Claude Papi qui contenait uniquement 750 places. Pour la réalisation des travaux, le club fait appel à l’entreprise niçoise Sud-Tribunes et la course contre la montre est lancée. En moins de deux semaines, les anciens gradins sont rasés et remplacés par une structure métallique géante ressemblant à un échafaudage, qui tient grâce aux parpaings et des tasseaux de bois.
Le 29 avril 1992, la commission de sécurité se rend sur le chantier pour inspecter la construction. Suite à la visite, les membres de la sécurité ont émis leurs réserves par rapport à l’édifice. La veille du match, le 4 mai 1992, les travaux ne sont toujours pas terminés et une nouvelle inspection de la sécurité est jugée « très insuffisante ». Le lendemain, le jour du match, la tribune est enfin terminée sans pour autant être validée et débute alors un match en toute illégalité, car les réserves de la commission sont cachées par le club.
De la joie à la tristesse…
Le stade de Furiani ouvre ses portes au public, la tribune à peine prête se remplit et les supporters attendent avec impatience le coup d’envoi prévu à 20h30. Dès 19 heures, les organisateurs sont sceptiques et s’inquiètent face à la résistance de la nouvelle structure. Pendant que les joueurs marseillais sont à l’échauffement, le speaker bastiais, Jean-Pierre Paoli, demande aux supporters de la tribune métallique de « ne pas taper des pieds sur la partie en fer, pour des raisons de sécurité ». La foule est en folie et ne prête pas attention à la requête du speaker.
Quelques minutes avant le début du match, pendant que les drapeaux flottent dans l’air et les chants bastiais résonnent, à 20h23, un bruit assourdissant vient plonger Furiani dans le silence. Le haut de la tribune vient de s’effondrer, emportant 3 000 supporters dans sa chute de quinze mètres de haut. Les chants laissent place à aux cris et à la panique. Les rescapés tentent de venir en aide aux personnes enfouies dans les décombres, faisant de la pelouse, un hôpital improvisé.
À 21 heures, l’évacuation est ordonnée, avec des hélicoptères qui prennent place sur le rectangle vert. L’incident est hors de contrôle, les établissements de santé de Corse sont saturés et demandent de l’aide auprès de ceux du continent, comme à Marseille. Au total, près de 2 357 supporters sont blessés et 17 perdent la vie suite à la catastrophe de Furiani.
Un spectacle rêvé devenu tragédie
Considéré comme le plus grand drame dans l’Histoire du sport en France, le désastre de Furiani a découler sur l’arrêt de la Coupe de France 1992, étant donné que les Bastiais comme les Marseillais refusent de rejouer la rencontre. Une interruption qui représente un choix fort, la compétition n’ayant jamais été stoppée depuis sa création le 15 janvier 1917, pas même pendant la Seconde Guerre mondiale. De l’autre côté du tableau, l’AS Monaco vient à bout de Cannes et se qualifie en finale. Les Monégasques sont désignés pour représenter la France lors de l’édition 1992-1993 de la Coupe des Coupes.

En mémoire aux victimes de Furiani, le Président de la République de l’époque, François Mitterrand promet qu’à l’avenir, aucun match de football professionnel en France se disputera un 5 mai. Finalement, le février 2020, la proposition de loi Castellani est votée à l’Assemblée nationale. En octobre 2021, le Sénat l’adopte, presque 30 ans après le drame.
Pas de match le 5 Mai. In Memoria.
