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Thierry Henry : La main d’adieu

18 Novembre 2009. La France de Domenech valide au forceps son billet pour le mondial 2010 en Afrique du Sud, une première sur le continent, face à une équipe d’Irlande ayant clairement outrepassé le rôle de faire valoir qu’on lui promettait.

Les hommes de Trapattoni sont en effet passés à deux doigts de l’exploit. Ou plutôt devrait on dire à 5 doigts. Car l’événement de la soirée ne fut pas tant la qualification en elle-même que la manière dont elle fût acquise. Victorieuse 1-0 à l’aller à Dublin sur un but d’Anelka, la France se retrouve menée au Stade de France suite à un but de Robbie Keane. Incapables de se sortir du piège et sous la menace d’un 2ème but synonyme d’élimination, les bleus joueront une prolongation à l’ambiance des plus pesantes. Vient alors la 103ème minute : Sur un coup franc de Malouda, le ballon échappe à Thierry Henry, qui le rattrape in extremis de la main, avant de centrer pour Gallas qui égalise (1-1). Fous de rage, les Irlandais se ruent sur les arbitres auxquels la situation a complètement échappé, et qui ne disposaient pas alors de la VAR pour orienter leur décision. Comme quoi. La France se qualifie, et les verts crient au scandale. À raison.

Dès lors, un sentiment mitigé envahit le public Français. On se dit que les bleus sont au mondial, et que c’est bien là l’essentiel. Puis l’on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour cette équipe d’Irlande, qui méritait certainement une toute autre sortie.

C’est alors que la machine s’emballe : Joueurs, supporters, politiques, personnalités médiatiques, et sponsors (Gillette rompant son partenariat avec le Français) fustigent le comportement d’Henry, le qualifiant vertement de tricheur. Christine Lagarde, Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre, François Hollande, Jean-Marie Le Pen et bien d’autres, y voient là une occasion de se poser en défenseur de l’éthique et de la morale. Une récupération et une ingérence politique qui ressemble à s’y méprendre à celle de l’affaire Benzema. Tout ceci au dépend de l’avant centre des bleus, qui se retrouve dans la tourmente. “Je me demande juste dans quel pays on vit. On m’explique que la France est une terre d’asile, et la terre d’asile renvoi des afghans en Afghanistan au risque qu’ils se fassent buter (…) Et je vois hier soir à la télévision devant des millions de gens une tricherie monumentale. Je ne sais pas dans quel pays je vis et je ne sais pas ce que je peux explique à ma fille quand je lui dis qu’il ne faut pas voler un Carambar…”  Signé Christophe Dechavanne. Jacques Attali allait jusqu’à affirmer « Nous sommes tous Irlandais. » La surenchère dans toute sa splendeur. Et encore, on vous épargnera les commentaires de la presse et des supporters Irlandais.

L’affaire est portée jusque devant les plus hautes instances du football. C’est alors qu’en 2015, le président de la fédération Irlandaise John Delaney déclare : «Nous avions trouvé un accord. C’était un jeudi et le lundi suivant tout était signé. C’était un paiement à notre Fédération pour que nous ne portions pas l’affaire devant la justice». La somme de 5 millions d’euros était avancée, bien que non confirmée à l’époque. Les deux équipes s’étant retrouvées à l’occasion de l’Euro en 2016, Delaney avait alors confirmé que personne n’avait oublié, et que la seule vision d’Henry comme consultant sur Skysports ravivait de douloureux souvenirs.

Quid de l’intéressé ?

Mais tout cet acharnement sur la personne d’Henry était-il bien justifié ? Il convient d’abord de rappeler que le geste du numéro des bleus tenait davantage du réflexe que de la préméditation ou de la réflexion. N’importe qui ayant côtoyé le terrain de près ou de loin sait à quel point ce type de chose peut se produire sans que l’on en ait réellement l’intention. Ensuite, Henry n’est ni le premier, ni le dernier à se rendre coupable d’un geste d’anti jeu. Et si l’on s’accorde à dire que les footballeurs professionnels ont un devoir d’exemplarité, on leur accordera aussi qu’ils n’en restent pas moins des hommes, avec tous leurs défauts et toutes leurs failles.

Toujours est-il que ce geste existe, et qu’il demeure condamnable. La suite de la carrière de Thierry Henry, ainsi que son image et celle de l’équipe de France (déjà pas bien reluisante) on seront marquées à jamais. Remplaçant au mondial, il assiste du banc au fiasco Sud Africain, avec en point d’orgue l’affaire du bus de Knysna. Il quitte par la suite le FC Barcelone, et s’exile en MLS aux New-York Red Bulls. Toujours adulé en Angleterre, où il a marqué l’histoire de la Premier League sous les couleurs d’Arsenal, il jouit de bien moins de popularité en France, malgré son statut de meilleur buteur de l’histoire de la sélection, et les titres remportés. À l’heure de prendre en main l’AS Monaco en tant qu’entraineur, il assurait ne nourrir aucune rancœur. Mais nul doute que le natif des Ulis n’est pas sorti indemne de cet acharnement médiatique et de l’absence de soutien, ce qu’ont confirmé Lilian Thuram ou Raymond Domenech. Et à l’image d’Henry, c’est toute l’équipe de France qui souffre d’une image de plus en plus écornée auprès de son public, déjà marqué par l’échec de l’Euro 2008. Domenech prend la porte, et Blanc prend la suite avec le succès que l’on connaît.

L’homme en noir n’a pu y échapper

Enfin, si les conséquences pour les deux équipes ont été évoquées, il convient de ne pas oublier l’arbitre de la rencontre, Martin Hansson. Dans la tourmente, le Suédois a pu compter sur le soutien de la profession, mais a révélé qu’il ne « parlerait pas » à Thierry Henry s’il venait à le croiser. Signe de l’immense abattement qui a dû envahir l’homme en noir au moment de réaliser qu’il avait été berné, et que sa réputation ainsi que sa vie en serait marquées à jamais.

10 ans plus tard, reste à regretter l’incapacité du football Français, et de la France en général, à faire bloc derrière son protégé, préférant hurler avec les loups et le porter au pilori. Une bien triste sortie pour un joueur ayant tant apporté à son pays.

La condamnation légitime de son geste ne saurait nous exonérer de tout soutien. Avec le recul que nous donne ces 10 années, on ne peut s’empêcher de se dire que si en toute chose il faut considérer la fin, le légendaire avant centre des bleus en aurait mérité une toute autre.
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David Onana

Journaliste sportif

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