La grande Revolution de New-England !

 La grande Revolution de New-England !

Après avoir parlé de la belle gestion sur le long terme de Philadelphia Union en MLS, attardons-nous maintenant sur une équipe plus réputée pour ses échecs en finale que pour sa réussite : New England Revolution !

L’équipe basée à Boston fait partie des dix premières équipes présentes en Major League Soccer depuis la première saison en 1996. Après des années de désillusion et de galère, les voilà de nouveau sur le devant de la scène en play-offs de la MLS après cinq saisons d’échecs et ils peuvent compter sur un trio qui peut les amener loin sportivement : Bruce Arena, Carles Gil et Gustavo Bou. Décryptage !

Une mauvaise gestion dans une ville de sport

Depuis quelques années en Major League Soccer, parler de New-England Revolution n’inspire pas tellement la terreur. C’était le cas au début des années 2000, mais l’accumulation des échecs en finale de Conférence et surtout en MLS Cup aura fait perdre beaucoup de crédibilité à l’équipe basée à Foxborough !

Jusqu’à présent, ils détiennent un triste record avec cinq finales MLS perdues alors qu’ils font partie des dix premières franchises à avoir débuté le championnat en 1996.

La gestion de Robert Kraft et son fils Jonathan, les propriétaires des Revs depuis leur création en 1994 fait beaucoup parler. C’est ce qui explique en grande partie leurs échecs répétés depuis de nombreuses années. La famille Kraft a fondé “Kraft Group” en 1998 et possède non seulement New-England Revolution en MLS, mais aussi l’équipe de NFL de New-England Patriots depuis 1994 (fondé en 1960). Évidemment, le Football Américain a plus de place dans la vie sportive américaine que le Soccer, c’est donc naturellement que l’homme d’affaire a fait construire en 2002 le Gillette Stadium, un stade de plus de 66.000 places surtout dédié au foot US mais qui sert aussi pour le ballon rond.

New-England Revolution ne possède donc pas son propre stade et dans une MLS qui se développe avec la quasi-totalité équipes ayant leur enceinte sportive, c’est un gros manque à gagner. Le problème de ce stade est principalement la pelouse synthétique. Abimé par les matchs de NFL et le mauvais temps (pluie, manque de soleil, neige, boue), le gazon naturel n’a pas le temps de se régénérer et les propriétaires l’ont rapidement abandonné pour du synthétique, moins coûteux en entretien et qui résiste mieux.

Cependant, on ne peut pas imputer l’absence de stade uniquement à ses propriétaires comme me l’explique Greg Johnstone, le Community Manager de @RevolutionRecap et supporter des Revs depuis la première heure :

Le problème évident est l’absence de stade, ce qui ne reflète certainement pas bien les Krafts, mais j’ai toujours pensé que c’était une combinaison du manque de terrains disponibles dans la grande région de Boston, du coût d’acquisition de ce terrain, du manque de soutien de la part des fonctionnaires et le manque d’enthousiasme autour des Revs du “fan de sport occasionnel de Boston”.

Pour beaucoup, les Kraft sont considérés comme les pire propriétaires de la Ligue. Pas tellement pour leur gestion d’une franchise sportive, car ils s’occupent à merveille des Patriots en NFL depuis 2014 avec comme palmarès trois SuperBowls (2014, 2016 et 2018) sur les six remportés, mais plutôt car ils délaissent l’équipe de La Revolution et le soccer. Pourtant au départ, Robert Kraft a beaucoup œuvré pour la MLS dès ses débuts. Son équipe faisant partie des dix “fondatrices” de la Ligue en 1996, c’est lui qui a fait venir en 1999 aux côtés de Lamar Hunt (propriétaire de Columbus Crew (1994-2006) à l’époque) et Philip Anschutz (ancien propriétaire de six équipes MLS), l’ancien Directeur Général de la NFL Don Garber afin qu’il prenne la tête de la Major League Soccer. Ce dernier est donc depuis août 1999 le Commissaire de la Ligue et a permit de faire du championnat ce qu’il est aujourd’hui.

Dans le sens des aiguilles d’une montre en partant d’en haut à droite : Boston Bruins, New-England Patriots, Boston Celtics et Boston Red Sox.

Tout comme à Philadelphie, Boston est indéniablement une ville de sport. Et les performances sportives s’en ressentent. Du côté de la NFL, New-England Patriots a remporté 6 Super Bowls (record) tandis qu’en NBA, Boston Celtics a connu des années 60 incroyables en remportant le championnat de 1960 à 1969 (sauf en 1967) comptabilisant au total 17 trophées (record là-aussi) ! Du côté de la NHL, Boston Bruins a remporté 6 Stanley Cup et enfin en MLB, Boston Red Sox a glané 9 World Series (4ème équipe la plus titrée). La seule ombre au tableau réside donc en soccer avec l’équipe de MLS de New-England Revolution qui a perdu toutes ses finales (5). Par contre, il ne faut pas omettre que les Revs est l’équipe la plus récente de la ville parmi les cinq sports majeurs américains.

L’autre point noir de la gestion de NER était jusqu’à présent leur incapacité à recruter de vrais bons joueurs désignés d’après Greg Jonhstone :

“Les équipes de la Révolution des années 2000 ont également été construites de la même manière : elles avaient acquis beaucoup de très bons joueurs de la MLS grâce aux échanges et au repêchage. Je pense qu’il y avait juste une longue période de temps que Robert Kraft et la Révolution voulaient construire une équipe à la manière “MLS 1.0″. Mais après un certain temps avec des équipes comme Seattle, LAFC et Atlanta entrant dans la ligue, quelque chose a cliqué au cours des dernières années avec Robert Kraft que la façon dont ils essayaient de construire un gagnant n’allait tout simplement pas fonctionner.”

Mais comme on va le voir, cette tendance est entrain enfin de changer et les résultats sportifs s’en ressentent instantanément !

Les trois mousquetaires

Gil et Bou : une bromance à l’américaine comme on les aime ! (Crédit photo : Greg M. Cooper/USA TODAY Sports)

Premier arrivé, premier présenté : Carles Gil débarque en janvier 2019 du côté de Boston comme joueur désigné, quelques mois avant son compatriote Alejandro Pozuelo (pour Toronto FC). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux Espagnols réussissent très bien dans leur club MLS respectif ! Après une première saison remarquable ponctuée de 10 buts et 12 passes décisives en saison régulière, il a disputé la totalité des 34 rencontres le propulsant même capitaine deux mois après le début du championnat.

Et alors que certains sont écrasés par le poids du capitanat, Gil n’a lui jamais été aussi efficace sur le terrain que lorsqu’il a pris les responsabilités du brassard des Revs réalisant 7 buts et 11 passes lors de ces 22 rencontres. Véritable métronome jouant aussi bien milieu offensif qu’ailier droit, il ne lui manquait qu’un buteur comme coéquipier afin de concrétiser ses occasions et c’est ce que lui offre son entraîneur Bruce Arena en faisant venir Gustavo Bou, un attaquant argentin tout droit venu de la Liga MX et que personne ne connaissait réellement !

Voilà donc que début juillet 2019, New England Revolution tient son deuxième joueur désigné en la personne de Gustavo Bou. Et son efficacité ne tarda pas à se faire remarquer en MLS : en seulement 14 rencontres disputées (dont 13 titularisations), il marque à 9 reprises, dont 4 fois sur une passe décisive de Carles Gil ! C’est donc enfin le duo que l’équipe cherchait afin de réveiller un club absent des play-offs depuis 2015, mais les propriétaires et le coach ne doivent pas non plus en oublier de renforcer les postes afin d’être réellement compétitif notamment grâce à un des gardiens les plus prometteurs de la Ligue, Matt Turner.

Pourquoi les “Joueurs Désignés” réussissent-ils de mieux en mieux en MLS ?

Cette alchimie, le club la doit en partie à ses deux DP (Designated Player/Joueur Désigné), mais aussi à son entraîneur arrivé en cours de saison, Bruce Arena, qui félicite sa direction pour les moyens mis en œuvres afin qu’ils retrouvent les play-offs.

“La propriété a fait un travail formidable ici. Ils ont investi dans des joueurs désignés, ce qu’ils n’avaient jamais fait auparavant. Ils ont donc pris un grand engagement.”

L’apport de Bruce Arena est indéniable. Avant sa prise de poste en mai 2019, la moyenne de points des Revs était de 0.85pts par matchs. Avec lui, ils ont engendré 1.52pts par matchs leur permettant même d’accrocher la 7ème et dernière place qualificative pour une qualification qui leur échappait depuis un moment.

En 2017 et 2018, l’équipe était resté au fond du classement avec Brad Friedel. Avec Bruce Arena, les Revs revivent et se sont qualifiés pour les play-offs en 2019 et 2020 : l’expérience !

L’expérience joue beaucoup dans un club. On l’a clairement vu lors de la passation de pouvoir entre Brad Friedel et Bruce Arena et ses cinq MLS Cup. Après s’être qualifié pour le tour suivant en 2019 et 2020, l’entraîneur de 69 ans a éliminé l’Impact Montreal, Philadelphia Union (meilleure équipe de la saison régulière) puis Orlando City afin de se hisser en finale de conférence pour la première fois depuis 2014 lui offrant une 35 victoire en série, plus que n’importe quelle autre équipe de MLS (sauf LA Galaxy) !

Alors même si la saison 2020 a été difficile pour Gil (blessé au tendon d’Achille les 3/4 de la saison) et Bou (orphelin de son binôme offensif), le club s’est quand même qualifié pour les play-offs pour la deuxième fois d’affilée récupérant par la même occasion ses deux joueurs clés. Auteurs respectivement de deux buts et trois passes pour Gil et trois buts et une passe (dont deux sur des passes de Gil) lors des trois premiers tours, l’équipe s’est finalement incliné en finale de conférence face au futur vainqueur de la MLS Cup 2020, Columbus Crew (1-0).

Les trois mousquetaires sont nés en 2019 et font maintenant les beaux jours des Revs avec l’espoir de soulever enfin prochainement un trophée national autre que l’US Open Cup remportée en 2007. Ne leur manque plus qu’un nouveau stade ENFIN entièrement dédié au soccer, ce qui devrait logiquement être la prochaine étape des Kraft dans une ville de sport où seule l’équipe MLS n’a encore remporté aucun championnat. La suite viendra toute seule maintenant que les propriétaires connaissent les secrets de la réussite !

Arnaud

CM de @MLS_FRA le compte référence sur la Major League Soccer ! Journaliste pour @_BeFoot ! Passionné de l'OM !

4 Comments

  • Bon article, c’est un peu dur pour New England de les résumer à des perdants de finale, vu le nombre de joueurs marquants pour la MLS qu’ils ont eus dans leurs rangs : Twellman, Ralston, Joseph, Heaps, Reis, Parkhurst… Sacrée équipe! C’est également la seule équipe de MLS à avoir remporté un tournoi continental durant ces vingt dernières années (la défunte SuperLiga que tout le monde a oublié, en 2008). Mais oui tu as raison, au final ce que l’on retient pour le moment ce sont les finales perdues.

    Connaissant Bruce Arena, en signant à New England il a dû exiger des moyens de la part des Kraft, en témoigne la signature de Bou. Maintenant est-ce qu’ils peuvent accrocher un titre ? Je ne sais pas : Bou c’est un joueur qui tente encore et encore, en pleine Bou-rre il est irrésistible mais dans un jour sans il est frustrant, Gil est un magicien mais fragile, et leur dernier joueur désigné Buksa c’est pour le moment un semi-échec.

    Concernant Bruce en lui-même, c’est un entraîneur avec d’innombrables qualités (c’est un vrai manager d’egos, capable de construire quelque chose à partir de rien, expérience hors-pair de la MLS et de ses mécanismes, équipes solides défensivement, souvent très fortes en play-offs), mais j’ai peur que tactiquement il soit un peu resté en MLS 2.0 : recruter des joueurs corrects de MLS et essayer de les sublimer en les entourant de joueurs désignés de qualité ça marchait il y a dix ans, ça marche toujours mais moins depuis l’arrivée de la TAM en 2015. Je pense que ses équipes seront toujours dangereuses en play-offs, mais au point de se hisser jusqu’au trophée? Je pense qu’il y a une marche qu’il n’arrivera pas à franchir.

    • Très bonne analyse que je partage totalement ! Après à voir, Bruce Arena s’est surement remis en question dans son management, sa façon de recruter ce qui pourrait lui faire franchir un palier pour lui ainsi que pour les Revs ! Elle sera à attendre en 2021 en tout cas c’est certain !

  • […] grande équipe perdante de ces vingt premières années de championnat est sans doute New-England Revolution, qui s’est fait remarqué en ayant perdu cinq finales dont trois d’affilés en 2005, […]

  • […] je vois Orlando City SC et New-England Revolution confirmer leur belle saison 2020 où l’un comme l’autre ont joué les premiers rôles […]

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